La secrétaire d’État aux Aînés, Stephanie McLean, prévoit s’attaquer à la fraude et aux escroqueries contre les aînés. Elle promet également de défendre les régimes de retraite fédéraux à prestations déterminées et de promouvoir des régimes semblables partout au pays. Photo : Adrian Lam
Lorsque Stephanie McLean était députée à l’Assemblée législative de l’Alberta, elle a marqué l’histoire en devenant la première députée de la province à accoucher pendant son mandat. À l’époque, elle occupait le poste de ministre de la Condition féminine, et sa grossesse a entraîné des changements aux règles de congé de maternité pour les députés provinciaux.
« Cela a [aussi] profondément transformé le fonctionnement de l’Assemblée législative d’alors et [encore] aujourd’hui », mentionne Mme McLean, qui siégeait alors au sein du gouvernement néo-démocrate de Rachel Notley et était âgée de 38 ans.
Le fait d’avoir contribué à ce genre de changement influence la façon dont Mme McLean espère aborder son poste actuel de secrétaire d’État aux Aînés du gouvernement fédéral libéral. Elle dit qu’elle doit servir d’agente de liaison, veillant à ce que les autres décisions et ministères tiennent compte des priorités et des perspectives des aînés.
« Cela nécessite donc beaucoup de conversations avec mes collègues, tant de manière formelle qu’informelle, sur la façon dont certaines décisions peuvent toucher les aînés, mais aussi de défendre ce qu’on me dit être leurs principales préoccupations », explique Mme McLean.
En ce qui concerne les régimes de retraite sur lesquels les Canadiens comptent, la ministre affirme croire profondément aux régimes à prestations déterminées.
« Les régimes de retraite à prestations déterminées sont extrêmement importants », déclare Mme McLean.
« Malheureusement, ils sont de moins en moins accessibles. Le secteur privé s’en est largement éloigné. Les régimes de retraite à prestations déterminées méritent d’être salués et considérés comme la référence absolue, et j’encourage vivement les organisations à trouver des moyens d’en accroître l’accès pour les Canadiens. »
Elle souligne qu’il est essentiel que le gouvernement se concentre sur la stabilité économique future du pays, car les investissements et les rendements des régimes de retraite sont liés au contexte économique mondial. Elle promet de veiller à ce que la Sécurité de la vieillesse (SV) et le Régime de pensions du Canada (RPC) soient maintenus.
« La SV, le RPC et le SRG [Supplément de revenu garanti] constituent des éléments essentiels de l’identité canadienne.
De plus, la SV est le plus important programme qui fait office de filet de sécurité sociale au pays. Ce sont des programmes auxquels ce gouvernement est extrêmement attaché et qu’il souhaite voir prospérer. Ils sont des piliers centraux pour garantir que les Canadiens puissent vieillir dans la dignité. »
Comme si elle citait l’étude du Centre canadien de politiques alternatives, appuyée par Retraités fédéraux, intitulée Le pouvoir des pensions, Mme McLean rapporte que l’on sait que les fonds de pension réinjectent de l’argent dans l’économie locale, contribuant ainsi à la prospérité financière du pays.
Une voix pour les aînés
Au cours de l’été 2025, Mme McLean et son équipe ont visité les deux villes ayant le plus grand nombre d’aînés par habitant au pays : Parksville et Sidney, en Colombie-Britannique. Elles ont rencontré diverses organisations d’aînés dans ces deux localités et ont souvent entendu parler du besoin de formation sur les technologies pour ceux-ci.
« Beaucoup de gens à qui j’ai parlé avaient été ciblés dans le cadre d’arnaques visant les grands-parents », raconte-t-elle. « Heureusement, aucun d’entre eux n’en avait été victime, mais plusieurs connaissaient des personnes qui l’ont été. »
Après l’entrevue accordée à Sage, le gouvernement libéral a annoncé son intention de créer une nouvelle stratégie antifraude et une agence des crimes financiers pour enquêter sur des crimes comme la fraude en ligne, les arnaques et le blanchiment d’argent.
Mme McLean possède de l’expérience en protection du consommateur. Elle a pratiqué le droit avant d’être élue en Alberta, puis entre ses mandats provinciaux et fédéraux. Elle souhaite s’assurer que la situation financière que les aînés ont bâtie tout au long de leur vie demeure protégée.
« Je m’intéresse également à la santé des femmes et des aînées », ajoute-t-elle. « Nous savons que la santé des femmes est un domaine que la communauté médicale commence à peine à explorer. »
Politiques importantes
Mme McLean est une nouvelle députée élue en avril 2025, lors de l’élection du premier ministre Mark Carney. Interrogée sur l’absence de mention des aînés dans le discours du Trône du premier ministre Carney, elle a tenu à donner un peu de contexte.
« Dans l’ensemble, les Canadiens sont surtout préoccupés par l’avenir économique du pays et le contexte économique mondial, en particulier en observant ce qui se passe au Sud, aux États-Unis. Je pense que tous les groupes d’âge portent une grande attention à ces enjeux. Il y a aussi une tradition voulant que les discours du Trône reflètent différents intérêts démographiques.
« Le fait d’avoir un bureau dédié aux aînés indique aux Canadiens qu’ils sont bel et bien une priorité pour le gouvernement et qu’ils s’inscrivent dans une vision d’ensemble. C’est malheureux, mais c’est la réalité du monde d’aujourd’hui. »
Concernant l’assurance-médicaments, elle précise que le gouvernement fédéral a « conclu quelques ententes avec des provinces » et qu’il veillera à ce que ces engagements soient respectés.
Elle s’empresse de souligner, cependant, qu’il est évident que certaines provinces souhaitent un plus grand champ de compétence en la matière.
« Nous travaillons donc avec les provinces pour nous assurer que l’assurance-médicaments demeure une priorité pour elles et en ce qui concerne la part du gouvernement fédéral, nous sommes résolus à respecter les ententes conclues. »
Problèmes fédéraux-provinciaux
Interrogée sur ce qu’elle peut faire face au grand nombre de Canadiens, particulièrement des aînés, qui n’ont pas de médecin de famille, Mme McLean a évoqué la question des compétences territoriales.
« Nous effectuons les transferts en matière de santé vers les provinces, et ce sont ensuite les provinces qui sont responsables de s’assurer que l’argent est utilisé là où il est le plus utile dans chacune d’elles », affirme-t-elle. « Et, comme le Canada est un pays immense, la situation peut varier énormément d’une province à l’autre. Je crois que, sur le plan fédéral, notre marge d’action réside surtout dans la sélection ciblée de l’immigration et dans la capacité à faire du Canada un pays attrayant pour les médecins [formés à l’étranger], pour qu’ils puissent y exercer et s’y épanouir. »
Elle donne la Colombie-Britannique en exemple, laquelle travaille à simplifier la reconnaissance des titres de compétence étrangers pour les médecins et les infirmières, et qui cible des professionnels américains pour pourvoir les postes. Toutefois, le gouvernement de l’Ontario a récemment annoncé qu’il limiterait les demandes de première ronde aux postes de résidence pour les diplômés en médecine internationaux à ceux qui ont fait au moins deux années d’études secondaires en Ontario avant d’étudier à l’étranger. Les étudiants qui n’ont pas fréquenté une école secondaire de l’Ontario doivent maintenant attendre la deuxième ronde pour postuler à des postes, s’il en reste de disponibles.
Mme McLean souligne également que certaines municipalités se mobilisent par rapport à cette question.
« J’ai mes propres opinions en tant que citoyenne, mais les leviers du gouvernement fédéral sont certainement plus limités que ceux des provinces », mentionne-t-elle.
« Les provinces ressentent la pression, et je suis heureuse de constater qu’il y a de l’innovation dans différentes administrations. Le rôle que je peux jouer consiste à encourager cette innovation et à mettre en valeur les réussites. »
Retraités fédéraux réclame depuis longtemps des normes nationales pour les soins de longue durée et, depuis que le gouvernement fédéral a publié des normes en matière de soins de longue durée au début de 2023, nous demandons qu’elles soient rendues obligatoires et applicables, avec des mécanismes de reddition de comptes liés au financement.
« Encore une fois, la mise en œuvre relève de la compétence provinciale », rappelle Mme McLean.
Elle ajoute que le ministère fédéral de la Santé collabore avec les provinces pour déterminer comment améliorer les normes en matière de soins de longue durée.
« Nous avons certainement accueilli favorablement les recommandations. Et le financement est le principal élément sur lequel nous pouvons de nouveau avoir une incidence dans le cadre de notre champ de compétence », explique-t-elle. « À ma connaissance, nous investissons près de 200 milliards $ sur 10 ans, dont 5,4 milliards $ sont destinés à des ententes bilatérales avec les provinces. »
À propos d’une stratégie nationale pour les proches aidants, elle précise que « le gouvernement du Canada s’engage à aider les Canadiens ainsi que les proches aidants et les fournisseurs de soins qui les soutiennent », tout en ajoutant que, même si bon nombre des programmes relèvent des provinces et des territoires, son gouvernement offre « une gamme de mesures de soutien pour l’économie des soins et pour les proches aidants, notamment le Transfert canadien en matière de santé, les ententes bilatérales sur le vieillissement dans la dignité, l’apprentissage et la garde des jeunes enfants avec les provinces et les territoires, ainsi que les prestations d’assurance-emploi pour congé parental et de maternité et les crédits pour les aidants naturels. »
La secrétaire d’État n’a pas pris d’engagement quant à l’élaboration d’une stratégie nationale pour les aînés et a indiqué qu’il n’est pas prévu, en ce moment, de modifier le Régime de services dentaires pour les pensionnés. Concernant les progrès du gouvernement pour corriger le système de paye Phénix, qui continue d’affecter des membres de Retraités fédéraux, elle a redirigé les questions vers Services publics et Approvisionnement Canada. Quant à la Loi sur les soins de longue durée sécuritaires, qui faisait partie de l’accord de soutien et de confiance des libéraux de Trudeau avec le NPD, elle a renvoyé les questions à Santé Canada. Aucun de ces ministères n’a répondu avant notre date de parution.